Ce n'est qu'un au revoir...

Mis à jour : mars 1



Le temps fait place parfois à la résignation… Je passe à côté de cette personne, son visage meurtri par la maladie, la souffrance est si profondément intériorisée. Elle est dévorée par la culpabilité, le remords de n’avoir su s’exprimer, les années se sont écoulées et le regret s’est installé. L’amour qu’il y au fond de moi déplacerait des montagnes parfois, mais je suis si impuissante devant le déni, le refus de la guérison, de la compréhension. Je passe des jours à me demander si je peux l’orienter, l’aider avec la douceur que je porte en mon cœur. Les portes sont visiblement fermées. Au fil du temps, je place quelques mots par-ci par-là, naît alors une lueur d’espoir. Murée dans son silence elle se demande comment se défaire de ses liens qui l’enchainent et la font tant souffrir. Un appel, un espoir, mon cœur s’emplit de joie. La lumière peut alors se faufiler sur le chemin de la guérison pour que cet être ne soit plus dans l’indignation. Elle porte les blessures du temps, aucun discernement face à cette vie dénuée de sens. Tel un oiseau blessé, elle n’est plus dans la capacité d’endurer l’expérience. Je la regarde avec compassion, je lui tends la main, je la soutiens. L’expression de son visage ne peut être oubliée, les mots sont étouffés dans sa gorge serrée et je laisse échapper quelques larmes sur mon visage. Je suis attendrie. Tant de duretés, tant d’effort déployé pour me parler. Tout son corps est stressé, en émoi, elle a si peur d’être jugée. Face à cette souffrance intérieure je pose ma main sur elle, je l’apaise, je lui montre que dans cet espace il n’y a qu’elle et moi, pas de jugement, pas de colère, juste l’être qui s’exprime dans un langage simple. On ne prend pas de détour pour aller à l’essentiel, le temps est précieux…

Avec la plus grande des difficultés, elle parviendra à se confier. Tant de mépris pour qui elle est, tant d’injustice face à son existence. Elle a érigé des murs d’une telle immensité autour de sa divinité, il sera difficile de tout briser. Je parviens malgré tout à la mener à l’entendement pour qu’elle soit plus tolérante face à son parcours de vie. Les jours suivants elle se confie à son maigre entourage pour remettre son fardeau. Je suis si fière d’elle. Je suis troublée par tant d’efforts, elle a transcendé ses peurs.

Le temps de la libération est venu, les mémoires de son âme doivent prendre le chemin de la lumière. Mes mains explorent son corps si malmené. Je déploie alors cette énergie d’amour si intense qui me parcoure et qui entre en elle-même pour adoucir chaque parcelle de cette chair péniblement douloureuse.

Elle ressent sa trajectoire qui se dessine en elle, pleure de soulagement face à cette chaleur inconnue qui la traverse. Elle me regarde les yeux larmoyants, me remercie pour ma présence, pour mon écoute, ma bienveillance.

Heureuse de ces instants partagés, je rentre chez moi le cœur léger.

Trois jours passent, elle s’en est allée…

Alors que je me préparais ce matin-là, elle vint me souffler « Je te remercie, tu m’as libéré ».

Merci Janine, cette expérience fait partie des plus beaux apprentissages de mon existence. Pensant qu’à ton âge avancé tu ne solliciterais jamais mon aide, mon jargon ne faisant pas partie de ton évolution, tu as demandé assistance. Tu as remis toute ta confiance et déposé ta vie entre mes mains, avec tes mots à toi. J’ai composé avec ce que tu m’as donné pour éclairer le fil de ton histoire. Je t’ai accepté telle que tu es dans ta réalité déroutée et détournée de la vérité. Tu as pu prononcer tes derniers mots, te délivrer de tes maux. Un soulagement pour toi, pour les gens qui t’aiment.

Un grand merci a cette âme qui a choisi de partir en tentant de comprendre son incarnation. Trop peu de temps pour lui apprendre l’essentiel, mais la paix s’est installée dans son cœur et son départ n’en fut que plus léger.

Elle a transité de l‘autre côté, dans son corps de lumière elle peut œuvrer désormais sur d’autres plans. Son départ amène son entourage à grandir, à se positionner, à ne pas réitérer ce qui a déjà été ancré dans la matière. Déscristalliser nos blessures est long et difficile parfois mais tout est possible, à n’importe quel moment de sa vie, quel que soit son âge. Elle a choisi…

Beaucoup d’âmes prennent le chemin du départ en ces temps…Des partances qui sont totalement imprévisibles. L’injustice est ressentie ardemment dans ces moments car ces êtres laissent derrière eux des enfants, des femmes, des maris, des pères et mères désœuvrés par ce qu’il vient d’arriver. Il est difficile de faire entendre raison et le but n’est pas là. La peine de la séparation doit se vivre, s’évacuer, les émotions mènent à l’autodestruction si vous les contenez. Il n’y a pas de mots pour combler ce que l’on ressent. J’apporte alors ma bienveillance pour apaiser le cœur de celui ou celle qui reste.

Il y a des départs autour de moi, je sais que ces âmes ont du mal à s’adapter aux profondes transformations qui se positionnent sur Terre, elles ont alors choisi d’évoluer sur d’autres plans, laissant ainsi « seule » leur famille pour qu’elle bénéficie d’une évolution différente. L’acceptation n’a pas sa place dans ces moments d’intenses douleurs mais il est ainsi du cycle de la vie.

Nous apprenons le détachement de toutes choses, les douleurs intenses font souvent référence à nos blessures profondes. La peur de perdre, la peur de ce que l’on n'a pas, la peur de notre vie tout simplement, de nos actes manqués, de ce que nous n’avons pas encore fait, pas encore dit. Le message que j’ai envie de transmettre aujourd’hui c’est que nous sommes tous des enfants en apprentissage constant, peu importe nos âges. Ouvrir son cœur à la vie est difficile certes, mais il nous permet de vivre chaque moment intensément. Ne pas avoir peur de dire je t’aime, ou même je ne t’aime plus…Ne pas avoir peur d’évoquer nos rêves les plus enfouis, ne pas craindre d’être dans la douleur. Qui sommes-nous pour juger l’autre dans sa souffrance, dans sa peine.

S’affaisser à cause du poids des larmes n’est pas une honte, dans ces moments on ne triche pas. Laissez toujours parler votre Moi véritable, peu importe les circonstances. Ne pas se cacher, vivre tout simplement…

Dans la douceur de cet hiver, je vous embrasse avec tendresse. Amalia